OpenAI vient de publier les premiers résultats mesurés de Jalapeño, sa première puce conçue spécifiquement pour faire fonctionner des modèles d’intelligence artificielle. L’entreprise revendique des gains importants en vitesse et en efficacité énergétique. Une avancée stratégique qui pourrait améliorer la réactivité des agents IA et réduire les coûts d’exploitation de ChatGPT, sans pour autant annoncer la fin de sa dépendance à Nvidia.
À retenir
- Jalapeño est la première puce IA conçue par OpenAI pour l’inférence, c’est-à-dire l’exécution de modèles déjà entraînés.
- OpenAI revendique 1,5 à 1,9 fois plus de travail IA par watt et une latence de bout en bout jusqu’à 3,6 fois plus faible dans les tests publiés.
- Nvidia reste indispensable : Jalapeño diversifie l’infrastructure d’OpenAI mais ne remplace pas les accélérateurs utilisés pour l’entraînement.
Qu’est-ce que Jalapeño, la puce IA d’OpenAI ?
La bataille de l’intelligence artificielle ne se joue plus uniquement sur la qualité des modèles. Elle se déplace vers les infrastructures capables de les faire fonctionner à grande échelle : centres de données, réseaux, mémoire, énergie et, désormais, puces sur mesure.
C’est dans cette logique qu’OpenAI développe Jalapeño avec Broadcom. La puce avait été présentée en juin 2026. Le 25 août, l’entreprise a publié ses premiers résultats détaillés et affirme disposer maintenant d’un processeur opérationnel, destiné à être déployé progressivement dans ses propres infrastructures.
Jalapeño n’est pas une puce destinée à entraîner les futurs modèles d’OpenAI. Elle se concentre sur l’inférence : le travail réalisé lorsqu’un modèle déjà entraîné analyse une demande et génère une réponse. Chaque conversation avec ChatGPT, chaque requête adressée à une API et chaque étape exécutée par un agent IA consomment ainsi des ressources d’inférence.
Plus de travail IA pour chaque watt consommé
Selon les mesures publiées par OpenAI, Jalapeño aurait délivré entre 1,5 et 1,9 fois plus de travail IA par watt à son niveau maximal de débit que les systèmes utilisés pour la comparaison. L’entreprise annonce également une latence de bout en bout entre 1,7 et 3,6 fois plus faible. Pour les usages très interactifs, elle avance un gain de performance allant de 2,1 à 4,1 fois.
Les essais ont porté sur trois modèles publics de tailles et d’origines différentes : GPT‑OSS 120B, DeepSeek R1 670B et Kimi K2.5 1T. OpenAI indique avoir utilisé InferenceX, un benchmark public développé par la société d’analyse spécialisée SemiAnalysis. Cette dernière explique avoir testé la puce dans les laboratoires d’OpenAI avec les ingénieurs de l’entreprise et considère Jalapeño comme particulièrement compétitive parmi les systèmes évalués.
Ces chiffres doivent néanmoins être présentés avec leur périmètre. Ils décrivent des tests réalisés sur certains modèles, dans un environnement contrôlé et avant un déploiement massif. Ils ne prouvent pas que Jalapeño dominera tous les accélérateurs sur tous les usages.
Pourquoi cette puce est stratégique pour ChatGPT et les agents IA
Pour un chatbot classique, quelques fractions de seconde peuvent déjà modifier la sensation de fluidité. Pour un agent qui doit enchaîner des dizaines ou des centaines d’actions, chaque délai s’additionne. Une puce capable de produire davantage de tokens tout en consommant moins d’électricité pourrait donc rendre les agents plus rapides, plus disponibles et moins coûteux à exploiter.
OpenAI cherche également à mieux maîtriser l’économie de ses services. Le financement de ses ambitions et le poids de ses coûts d’infrastructure constituent depuis plusieurs années un enjeu stratégique. En concevant ensemble modèles, logiciels, mémoire, réseau et processeurs, l’entreprise peut optimiser l’ensemble de la chaîne plutôt que d’adapter ses produits à du matériel généraliste. Elle affirme d’ailleurs avoir utilisé ses propres modèles d’IA pour accélérer certaines étapes de conception et d’optimisation de Jalapeño.
Cela ne garantit pas une baisse immédiate du prix de ChatGPT ou de l’API. Les économies éventuelles dépendront du coût de fabrication de la puce, de son rendement réel à grande échelle, de la consommation des centres de données et de la manière dont OpenAI répercutera ces gains sur ses offres.
Nvidia reste indispensable
Jalapeño ne constitue pas, à ce stade, une rupture complète avec Nvidia. La puce est conçue pour l’inférence et non pour l’entraînement des modèles les plus avancés, une activité pour laquelle OpenAI continue d’avoir besoin de capacités de calcul considérables.
Dans un entretien accordé à Axios, Richard Ho, vice-président chargé du matériel chez OpenAI, a indiqué que l’entreprise continuerait de combiner plusieurs fournisseurs et technologies, notamment Nvidia, AMD et d’autres infrastructures spécialisées. OpenAI prévoit un nombre limité de systèmes Jalapeño en service en 2026, avant une capacité plus importante l’année suivante. Une deuxième génération est déjà en développement.
La stratégie ressemble donc davantage à une diversification qu’à un remplacement : disposer d’une solution interne pour les volumes d’inférence les plus importants, tout en conservant les puces de partenaires pour les charges de travail auxquelles elles sont les mieux adaptées.
La guerre de l’IA devient aussi une guerre énergétique
Google possède ses TPU, Amazon ses puces Trainium et Inferentia, tandis que Microsoft développe également ses propres accélérateurs. Avec Jalapeño, OpenAI rejoint les acteurs qui veulent contrôler une part croissante de leur infrastructure.
L’enjeu dépasse la seule compétition avec Nvidia. Les besoins électriques des centres de données augmentent rapidement et l’accès à l’énergie devient l’un des principaux freins au développement de l’IA. Produire davantage de réponses pour chaque watt consommé peut donc devenir aussi important que gagner quelques points sur un benchmark de raisonnement.
Jalapeño ne signe pas la fin de Nvidia. Mais ses premiers résultats montrent qu’OpenAI veut désormais maîtriser toute la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle, du modèle jusqu’au silicium qui génère chaque réponse.


